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Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 275 millions de francophones en 2014, 400 millions en 2025, le double attendus pour 2050. Les projections les plus folles vont jusqu’à prévoir un milliard de francophones dans 50 ans !
Face à ce marché en devenir, les chaînes d’informations étrangères commencent à placer leurs pions. La Russie, Israël, et la Chine se sont déjà lancés dans la course à l’information. Un champ de bataille pour une guerre d’influence.
Le nombre de francophones pourrait exploser dans les prochaines années. Les prévisions annoncent jusqu'à 800 millions de personnes parlant français en 2050. Traduction concrète de ces prévisions : de nombreux pays se mettent à lancer des télés tout info en français. Enquête de Claude Guibal.
L'Afrique particulièrement visée
Le directeur général de TV5 monde, Yves Bigot, prévoit que l’Afrique sera le lieu d’une bataille tous azimuts :
Ça dit tout en matière économique - de croissance, d’emploi - d’influence culturelle, géopolitique, stratégique, voire militaire. Sur les 275 millions de francophones, il y en a environ 100 millions qui sont au Nord et le reste est au Sud. Et en 2050, la répartition sera identique car il n’est pas prévu que notre démographie augmente. En revanche elle va totalement exploser en Afrique. L’avenir de la francophonie n’est donc pas en France, ni au Canada, ni au Liban ni au Vietnam, il est en Afrique. >
Début janvier, nous vous parlions d'ailleurs de
la naissance d'Africanews, petite soeur d'Euronews et de l'offensive des grands médias en Afrique .
Du hardpower au softpower chinois : un chemin difficile
Dans ce contexte, le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 2009, la Chine, est pourtant loin d’être en position de force médiatique. Même si elle a lancé dès 2007
CCTV-F (China Central Television) , une chaîne qui émet en français depuis Pékin.
Face à elle, il y a par exemple France 24, qui diffuse notamment quatre fois par jour un journal de l’Afrique.
Pour le journaliste Pierre Haski, la Chine mise beaucoup sur les médias • Crédits : Claude Guibal - Radio France Un journal en français sur l’Afrique depuis Pékin est une façon de redorer son image dans le continent estime le journaliste Pierre Haski, spécialiste de la Chine :
Pendant longtemps la Chine a pensé qu’elle devait être aimée « naturellement », puisqu’elle n’est pas impérialiste au sens occidental du terme. Elle ne se mêle pas des affaires politiques locales - tant qu’elles ne menacent pas ses intérêts – et ne mène pas de guerres. Elle se vante à juste titre de ne pas en mener à l’étranger contrairement aux États-Unis. Or la déferlante des investissements et de la présence chinoise ne vont pas sans grincements de dents. En Zambie, on assiste par exemple à des grèves contre des investisseurs chinois. Aujourd’hui, il y a un vrai enjeu de se faire apprécier différemment des occidentaux.
La Russie à la conquête de la francophonie
Les Russes ont eux lancé Russia Today (RT), leur télé en français sur le web : la voix de Moscou. Le directeur de RT France, Irakly Gachechiladze détaille sa mission :
Elle est bien sûr de diffuser la position russe, qui manque dans des médias où la Russie est souvent diabolisée et simplifiée. Or elle a sa vision du monde, elle joue un rôle qui ne peut être nié… RT est un média russe financé par le gouvernement. On ne s’en cache pas. Sur l’Ukraine, RT a ainsi relayé la position russe qui manquait beaucoup dans les médias.
L'ancien monsieur météo de France 2 a été embauché par la chaîne russe RT • Crédits : RT Et le traitement de l'Ukraine ou de la Syrie par RT est donc à l’opposé de ce qu'on entend en général dans les médias français. RT qui adore le politiquement incorrect : pour la COP 21, elle a ainsi offert une case quotidienne à Philippe Verdier, le monsieur météo de France Télévisions renvoyé du service public après la parution de son livre jugé climato-sceptique. Précisions de
Claude Guibal :
Écouter
Quand la Russie vise la francophonie
Pour Julien Nocetti, chercheur à l'IFRI et spécialiste de la Russie, Russia Today est par excellence le bras armé de la propagande russe :
Son but est d’effacer toute distinction entre vérité et mensonge. Ce qui explique la profusion de théories du complot, un des marqueurs de RT aujourd’hui. RT vise à capter en Occident une audience désabusée des média traditionnels représentant un système honni et perverti.
Tous les acteurs internationaux le savent, c’est par la maîtrise des flux de l’information que leur influence peut s’étendre.
La France n’est pas en reste avec France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya.
Le Qatar espère toujours lancer son Al Jazeera en langue français, et la BBC, CNN pourraient s'y mettre ensuite. La course ne fait que commencer pour conquérir le monde.
>>> Découvrez ici l'intégralité de cette
enquête intitulée "La francophonie, une mine d'or ?"
Un éclairage de Stéphanie Balme de 2013 sur "
L'impuissance paradoxale du « soft power » de la Chine post-Mao " pour le Centre de recherches internationales de Sciences Po
Ainsi qu'un article de Vassily KLIMENTOV de juillet 2013 sur "
RT, le soft power russe en images ", sur le site d'Ina Global
Et ne ratez pas
le dimanche à 19h l'émission "Soft Power", de Frédéric Martel , souvent à ce sujet